LES ANIMAUX-REMÈDES


Un remède de cheval contre la peste:
"Il serait bon de fendre le ventre d'un cheval ou d'un mulet, d'y ôter les entrailles et d'y mettre le malade nu, ayant la tête dehors, et qu'il y demeure jusqu'à ce qu'il commence à se refroidir. Puis qu'il se remette aussitôt dans un autre et le réitère tant de fois qu'on verra être nécessaire"(1)


"Le pigeon sert dans la léthargie, dans la phrénésie et dans les fièvres malignes: on l'ouvre et on l'applique tout chaud sur la tête du malade, pour en ouvrir les pores et faciliter la sortie des vapeurs fuligineuses qui s'élèvent du cerveau et causent ces maladies." (2)


"L'abeille a cette vertu, qu'étant séchée et réduite en poudre, on fait de cette poudre, mêlée dans de l'huile de lézard, une espèce de léniment dont on se frotte la tête ou les tempes pour les garnir de cheveux." (2)

"Les vers de terre sont bons à la Médecine. Car étant cuits à l'huile d'olive, ils sont bons aux douleurs des jointures, aux gouttes et aux douleurs des nerfs. Toutefois, les apothicaides, pour la plupart, n'entendent rien à faire l'huile de vers: car ils mettent les vers en une chaudière ou poêle, et jetent l'huile dessus, les fricassent là dedans: de sorte qu'il n'y demeure ni humeur, ni substance. Or il est beaucoup meilleur de les mettres à cuire en une fiole, avec l'huile au bain-marie, car par ce moyen, sans qu'ils soient brûlés, toute leur humeur demeurera en l'huile. Cette huile ainsi préparée, et surtout quand les vers ont été mis en infusion en huile rosat, sert aux gouttes précédentes des chaudes défluxions, oignant premièrement la partie malade de cette huile, y appliquant par après les vers ainsi cuits comme dessus, et broyés avec semblable poids de thiapharmacon qui est un médicament composé d'huile, de vinaigre et de litharge*. A quoi aussi est bonne leur cendre, appliquée trois jours durant avec miel, selon que dit Pline; ou bien les vers même bouillis en vieil huile, appliqués sur la partie malade. Pour ce faire, on lave premièrement les vers de vin blanc, puis on les met en une fiole de verre, laquelle soit bien bouchée. Après cela, on les met résoudre au bain-marie, et l'on les y laisse jusqu'à ce qu'ils soient résous en une liqueur semblable à l'huile. Plusieurs estiment plus cette huile que l'autre, parce qu'elle est meilleure à souder les plaies de nerfs et des intestins. [...] La cendre des vers brûlés, prise en breuvage avec décoction d'aluyne ou de marrube, est bonne à la jaunisse.


"La poudre de taupe grillée a guéri quelques épileptiques, sous la direction de plusieurs de nos collègues; nous n'avons jamais été aussi heureux; il est vrai que nous n'avons administré ce remède qu'après en avoir vu échouer d'autres, et dans des cas dont le pronostic était grave." (3)


"La peau de hérisson brûlée et réduite en cendre, appliquée en forme de liniment avec poix liquide est bonne à la pelade, pour faire renaître le poil. La chair séchée et pulvérisée, et prise en breuvage en vinaigre miellé, est fort convenable aux indispositions des reins, aux hydropiques, convulsions, ladre, et aux cachectiques. Le foie séché au soleil en un pot de terre a les mêmes propriétés que la chair." (4)

Les escargots: "Dépouillés et cuits avec orge mondée, ils sont singuliers au mal de côté, si l'on donne leur décoction en breuvage au malade, et les ayant broyé, qu'on les applique sur le lieu malade. Le jus dans lequel les escargots auront longuement bouilli est profitable aux iliaques. Bouillis et pilés, ils soulagent ceux qui crachent pourri. Crus avec leur coquille broyée,  pris en breuvage en vin cuit, l'espace de sept, ou au plus, neuf jours, ont grande propriété de faire uriner. Aux vertigineux (c'est à dire ceux qui s'imaginent leur tête être transportée çà et là) et à ceux qui ont courte haleine est grandement profitable, si l'espace de quelque temps ils se conduisent et comportent de telle façon qu'au premier jour ils mangent un gros escargot à demi-cuit, le jour d'après deux, le troisième trois, le quatrième deux, le cinquième un [...]
La chair des escargots, broyée en un mortier, et réduite en liniment, dessèche avec grande opération toutes les parties du coprs qui abondent en humeur superflue: de sorte qu'elle guérit l'hydropisie. Même leur bave, sans prendre la chair, mêlée avec myrrhe ou aloë, ou l'un d'eux, ou tous deux enssemble, et incorporée tellement que la composition soit épaisse comme un cérat, sert de médicament glutinatif et consolidant; elle est propre à dessécher la boue et fange que distille les oreilles, étant appliquée sur le front, il y demeure attaché jusqu'à ce qu'il ait desséché les fluxions et catarrhes qui tombent sur les yeux." (4)

"Les grenouilles cuites en eau et en sel servent de contre-poison et préservatif contre tout venin et piqûre des serpents si on les mange et qu'on hume leur décoction. Elles sont bonnes aux froideurs invétérées des tendons. Leur cendre appliquée arrête et étanche tout flux de sang. On en frotte les places vides de poil pour y en faire renaître, et ce avec poix fondue. Le sang des grenouilles vertes empêche de renaître les poil arrachés si on en distille au lieu même où on a arraché le poil. Leur décoction faite en eau et vinaigre, est fort bonne au mal de dents, si on s'en lave la bouche." (4)

"Sept punaises de lit prises et avallées en gousses de fêves (j'entends en la peau de la fêve), avant que l'accès vienne, donnent grand secours aux fièvres quartes, et avalées sans gousses de fêve, elles soulagent ceux qui sont mordus des serpents aspics. Les femmes travaillées en matrice, sentant les punaises, y trouvent grand secours. Bues en vin, ou vinaigre, elles font tomber les sangsues attachées au corps de la personne; broyées et seringuées par la verge, elles servent à la difficulté d'urine.[...] Toutefois, encore que cet animal soit vilain, fâcheux et puant, la Nature néanmoins ne l'a voulu laisser inutile en la Médecine. Plusieurs Modernes les mettent vives dans la verge ou dans les lieux naturels des femmes, pour les faire uriner, sans les broyer, selon l'ordonnance de Dioscoride. Cette opinion me semble fort bonne; car les punaises vives marchant par leurs membres naturels, chatouillent et provoquent les conduits de l'urine à s'ouvrir, et la pousser dehors." (4)

"Les cloportes pris en breuvage avec du vin servent à la jaunisse et à la difficulté d'uriner. Oints avec miel, ils sont fort bon à la squinance. Broyés et échauffés avec huile rosat, en une écorce de grenade, ils sont fort bons aux douleurs des oreilles, si on les distille." (4)

"La cervelle du lièvre étant rôtie, est bonne à manger, pour les tremblements des membres causés de maladie. Elle fait plus aisément sortir les dents aux petits enfants, si on leur donne à manger, ou si on leur en frotte les gencives quand les dents leur sortent. La cendre de la tête de lièvre ointe avec graisse d'ours ou vinaigre, fait renaître les cheveux tombés par la pelade. On dit que si une femme boit de son caillé trois jours après qu'elle a été connue de l'homme, qu'il la rendra stérile. Il arrête les fluxions du ventre et de la matrice et il est bon à ceux qui ont le haut mal. Il sert de contre-poison, pris en breuvage avec vinaigre; et sutout contre le lait caillé de l'estomac, et les morsures de vipères." (4)

"Les acides gras oméga 3 ont une action sur les démences et la maladie d'Alzheimer. Les effets protecteurs du poisson sur le cerveau peuvent être liés à trois types de propriétés des oméga 3, précise Pascale Barberger-Gateau. Ils sauvegardent les vaisseaux du cerveau. Ils entrent dans la composition des membranes des cellules cérébrales, et favorisent la régénération des cellules chez l'adulte et la personne âgée. Enfin, ils ont une action anti-inflammatoire. Or la maladie d'Alzheimer est accompagnée d'une inflammation cérébrale.  Les chercheurs pensent que cette inflammation, encore mal expliquée, favoriserait le développement de la maladie." (5)

"On prétend que les parties génitales du coq, surtout quand il est jeune, conviennent aux personnes maigres et atténuées, et excitent la semence. La graisse de coq sert en médecine aux mêmes usages que celle de poule. Le cerveau du coq est estimé bon pour arrêter les cours de ventre, et son fiel est convenable pour les maladies des yeux, et pour enlever les taches de la peau." (2)

"Le sirop de limon fait mourir les vers [des enfants] ainsi que les tablettes au sucre faites de la poudre de corne de cerf, de l'endroit le plus tendre qui est celui du bout des cornes de bête croissant toujours comme branches d'arbre. [...] Des gros vers sortis vifs du ventre des enfants, se fait une excellente poudre pour chasser les vers de même espèce. L'on dessèche tels gros vers sur une poêle chaude, puis rédigés en poudre, icelle est donnée à boire aux enfants avec du vin, du potage, ou du lait s'ils sont fort petits." (6)

"Des cendres provenant d'un nid d'hirondelles, brûlé avec les petits dedans, pétries avec huile de camomille et d'amandes douces, se fait un cataplasme pour ce mal [inflammation de gosier]" (6)

Pour prévenir les avortements: "Prenez moelles de cerf, de bœuf et de mouton, crépine de veau, graisse de chapon et de canard, graisse de mouton prise à l'entour des testicules, graisse de truie châtrée, graisse de blaireau, de chacune une once; ôtez curieusement leurs membranes, hachez menu les graisses, faites-les fondre à petit feu dedans une caissette d'étain ou d'érain étamé; quand le tout sera fondu, agitez-le longtemps et lavez-le en eau de rose et de Damas, jusqu'à ce qu'il devienne blanc; ajoutez-y trois ou quatre grains de musc et gardez cette composition dans un vaisseau de terre curieusement bouché. Autre: Prenez graisses de canard et de chat, de chacun deux onces, graisse de cheval, de chien et de truie châtrée, de chacune une once, moelle de pieds de bélier préparées de la façon que dessus, un quarteron, sein de bouc et beurre frais, de chacune une once et demie; cire blanche deux onces; faites le tout fondre sur feu lent; puis pistez-les ensemble et les lavez plusieurs fois en eau de rose ou de lys ou de quelque autre odorante; finalement serrez cette composition comme dessus." (6)

"Le poumon des porceaux, des ours et des agneaux, empêchent que l'inflammation ne succède aux cassures que les souliers ont causées. Celui du renard séché et réduit en poudre, pris en breuvage, sert à ceux qui ont difficulté d'haleine, sa graisse fondue, distillée aux oreilles, ôte la douleur d'icelle." (4)

"Le foie d'un âne rôti et mangé, est bon à ceux qui ont le haut mal, toutefois, il le faut manger à jeun. L'humeur que jette le foie de chèvre quand on le rôtit est bonne à ceux qui n'y voyent que de nuit, s'ils s'en frottent les yeux. [...] Le foie de chien enragé rôti et mangé par celui ou ceux qui en ont été mordus, les empèche qu'ils ont peur de l'eau; ce qu'aussi fait la dent aigüe du chien enragé dont on a été mordu, liée au bras en une bourse, en façon de contre-charme." (4)

"On pourra user du blanc de l'œuf non seulement aux yeux, mais aussi en tout autre endroit qui demanderont les médicaments sans aucune mordacité: comme le sont les ulcères quasi inguérissables du fondement et des parties honteuses. On se sert aussi du blanc de l'œuf aux médicaments qui étanchent le sang venant des pellicules du cerveau.[...] L'œuf frais pris cru et cependant qu'il est chaud est singulier pour ceux à qui la semence écoule, et aux défluxions blanches de la matrice." (4)

"Le lait d'ânesse est très employé pour la phtisie et les autres maladies du poumon, il est pectoral, humectant, restaurant et rafraîchissant, plus clair, plus léger et plus facile à digérer que les autres laits, parce qu'il est plus séreux; il adoucit les humeurs âcre qui tombent sur la poitrine, sur les yeux et ailleurs, soulage les goutteux, engraisse et donne la liberté au ventre; mais on prétend qu'il faut faire étriller tous les jours l'ânesse dont on prend le lait, parce qu'en l'étrillant, on ouvre davantage les pores de sa peau, et par là, on facilite le passage des vapeurs fuligineuses qui sans cela se mêleraient avec le lait et en altérerait la qualité." (2)





L'HOMME: UN ANIMAL-REMÈDE A PART....

... A part, parce que dans nos sociétés, on ne tue pas l'homme pour en faire une médecine. Mais si l'homme est déjà mort, ne pourrait-on pas en récupérer quelques fragments? Et si l'homme bien vivant exsude sueur, cérumen ou autre "humeur" (pour parler comme les Anciens), pourquoi ne pas en profiter?


"Le cerveau est une matière humide, visqueuse, glanduleuse, contenant du sel volatil et d’huile enveloppés dans beaucoup de phlegme, et un peu de terre. Il est employé en Médecine.
Il doit être tiré d’un jeune homme sain, nouvellement mort de mort violente comme d’un pendu qui n’a point été enterré.
Il est propre pour l’épilepsie étant distillé. Mais si l’on prend en substance de la cervelle humaine au poids de deux dragmes pendant douze ou quinze jours, elle produit encore de meilleurs effets.[...]

Le crâne [lui aussi tiré d’un jeune homme sain mort de mort violente]: il faut se contenter de le râper et de le mettre en poudre sans le calciner comme le voulaient les Anciens; parce que dans la calcination, l’on en fait dissiper le sel volatil en quoi consiste sa principale vertu.
Il est propre pour l’épilepsie, l’apoplexie, et pour les autres maladies du cerveau; il résiste au venin, il excite la transpiration, il arrête les cours de ventre.
La dose est depuis demi scrupule jusqu’à deux scrupules.[...]

La salive d’un jeune homme bien sain à jeun, est bonne pour les morsures de serpents, et du chien enragé.

L’ordure jaune qu’on tire de dedans l’oreille avec un cure-oreilles, et qu’on appelle cire de l’oreille, est résolutive et bonne pour les panaris qui ne sont que dans leur commencement.

Les ongles des doigts et des pieds sont vomitifs, étant râpés et donnés intérieurement en substance au poids d’un scrupule, ou bien infusés dans du vin au poids de deux scrupules.

Le lait de femme est restaurant, adoucissant, pectoral, propre pour la phtisie et pour toutes les autres maladies de consomption; on en met aussi dans les yeux pour en adoucir les âcretés et tempérer les inflammations.

L’urine de l’homme nouvellement rendue, purge par le ventre et est bonne pour la goutte, pour les vapeurs hystériques, pour lever les obstructions, si l’on en boit deux ou trois verres le matin à jeun, elle apaise aussi les douleurs de la goutte étant appliquée toute chaude extérieurement sur la partie; elle résout, elle dessèche la gratelle, les dartres et les autres démangeaisons de la peau.

L’excrément de l’homme est digestif, résolutif, amollissant, adoucissant, propre pour l’anthrax, pour faire venir les boutons pestilentiels à suppuration, pour résoudre les squinancies étant appliqué. Quelques uns le recommande sec, pulvérisé et pris par la bouche, pour les enflures de la gorge, pour l’épilepsie, pour les fièvres intermittentes." (7)


"Les cheveux:  Pour tirer quelque remède des cheveux,  il les faut distiller, afin de ne rien perdre, car par cette opération, on en tire l'esprit et l'huile, et on en conserve la cendre, ce qui se fait ainsi: Prenez des cheveux du mâle ou de la femelle, comme vous les trouverez chez les perruquiers, et en emplissez une cornue de verre plutôt que de terre, à cause de la subtilité des esprits qui en sortent, et les mettez au fourneau, que nous appellerons fourneau de sable, à laquelle vous adapterez un ample récipient dont vous luterez exactement les jointures. […]
[Après distillation] vous trouverez dans le récipient deux substances différentes, qui sont l'esprit des cheveux, et l'huile qui n'est rien autre chose que la portion sulfurée de ce mixte, mêlée avec la plus grossière du sel volatil [...] L'esprit des cheveux ne se donne point intérieurement, tant à cause de sa mauvaise odeur et de son mauvais goût, qu'à cause aussi que l'Art tire des autres parties de l'homme qui sont moins désagréables pour l'usage. On ne se sert donc de celui-ci que mêlé avec du miel, pour oindre les parties où les cheveux sont en petite quantité, ou celles dont ils sont tombés. L'huile est excellente pour extirper radicalement les dartres en quelque endroit qu'elles soient situées, si on en fait un liniment avec un peu de sel de saturne, et qu'on en applique dessus, après avoir purgé le patient avec quelque remède qui évacue les sérosités. La cendre étant mêlée en forme de cérat avec du suif de mouton, produit de beaux effets, pour radouber les luxations, et pour fortifier le  membre démis ou disloqué. On peut encore ajouter que les cheveux entiers sont un remède très prompt pour arrêter le flux de sang des plaies, du nez, et même le flux immodéré des femmes.

L'arrière-faix: Pour préparer quelque remède de l'arrière-faix, il faut en avoir un qui vienne du premier accouchement d'un mâle, que la femme dont il sortira soit d'un âge médiocre, comme depuis dix-huit ans jusqu'à trente-cinq, que la femme soit saine, de poil noir ou châtain; il en faut excepter les rousses, que si on ne peut avoir du premier, que ce soit toujours d'un mâle, s'il se peut; mais si la nécessité presse, on pourra même se servir de celui qui suit une fille; car à parler véritablement, le mâle et la femelle sont nourris d'un même sang et dans un même corps, il n'y a que la différence de la force et de la vigueur. [...]
L'eau d'arrière-faix est un excellent cosmétique, qui déterge doucement la peau des mains et du visage, qui en unit aussi les rides et en efface les taches, pourvu qu'on y ajoutât un peu de sel de perles et un peu de borax. Mais elle est aussi très excellente pour faire sortir l'arrière-faix, quand le travail de la femme a été long et difficile, et qu'il y a eu de la faiblesse, pourvu qu'on mêle avec cette eau le poids d'une demie drachme de la poudre du corps dont elle a été tirée, ou le même poids d'anguille dessèchée, avec son fiel, qui est un remède qui ne manque jamais son effet.
La poudre de l'arrière-faix donnée au poids depuis un scrupule, jusqu'à deux ou trois, est un souverain remède contre l'épilepsie, ou dans sa propre eau, ou dans celle de fleurs de pivoine, de fleurs de muguet, ou dans celle de fleurs de tillot, il en faut donner sept jours continuels à jeun dans le décours de la lune.
Si on calcifie l'arrière-faix dans un pot de terre non vernissé, qui soit bien couvert et bien luté, les cendres seront un remède spécifique contre les écrouelles et contre les goitres, si on en donne durant le dernier quartier de la lune, le poids d'une demie drachme dans de l'eau d'aurone mâle** tous les matins à jeun.

Le sang: Prenez au mois de mai une bonne quantité de sang de quelques jeunes hommes, qui se font ordinairement saigner en ce temps-là, et mettez-le distiller aux cendres dans une ample cucurbite de verre, mais il faut mettre deux ou trois poignées de chanvre dessus le sang, pour empêcher son élévation dans le chapiteau, qu'il faudra luter exactement, et y adapter un récipient; il faut graduer le feu avec jugement, et surtout empêcher que la masse qui restera ne se brûle, mais qu'elle se dessèche seulement. Ainsi, vous aurez l'eau et l'esprit; [...] l'esprit peut être gardé comme il est, pour s'en servir contre le mal caduc et contre les convulsions des petits enfants, la dose est depuis une demie drachme jusqu'à une drachme entière; il est aussi spécifique pour les mêmes maux en y mêlant des fleurs de muguet et de lavande pour en tirer la teinture. Il sera pourtant meilleur de le cohober par la retorte***, sur ce qui sera resté dans la cucurbite, jusqu'à neuf fois, ou jusqu'à ce qu'il ait acquis une couleur de rubis, et que l'huile sorte sur la fin avec le sel volatil, qui adhérera au col de la cornue, ou aux parois du récipient, qu'il faudra mêler avec l'esprit, et le rectifier, et joindre ensemble par la distillation que vous ferez au bain marie. C'est cet esprit empreint de son sel volatil, qui est tant vanté pour la cure de paralysie, pris intérieurement depuis six gouttes jusqu'à dix, dans les bouillons, ou dans la décoction de racine de squine, ou bien, dedans du vin blanc.

La pierre de la vessie: C'est une chose admirable que ce qui cause tant de maux aux hommes, soit pourtant capable de leur servir de remède, cela se voit en la pierre de la vessie, qui peut être donnée sans autre préparation, que d'être mise en poudre, au poids depuis un scrupule jusqu'à une drachme dans du vin blanc, ou dans de la décoction de racines de bardane et d'ortie brûlante, pour dissoudre et pour faire sortir la gravelle et les glaires des reins et de la vessie.

La chair humaine. Préparation de la mumie**** moderne: Il faut avoir le corps de quelque jeune homme de l'âge de vingt-cinq ou trente ans, qui ait été étranglé, duquel on dissequera les muscles, sans perte de leur membrane commune; après les avoir séparés, il les faut tremper dans de l'esprit de vin, puis les suspendre en un lieu où l'air soit perméable et bien sec, afin de les dessécher et de concentrer dans leurs fibres ce qu'il y a de sel volatil et d'esprit, et qu'il n'y ait que la partie séreuse et inutile qui s'exhale. Que si le temps est humide, il faut suspendre ces muscles dans une cheminée, et les parfumer tous les jours trois ou quatre fois avec un petit feu fait du bois de genièvre, qui ait ses branches, avec ses feuilles et ses baies, jusqu'à ce qu'ils soient secs comme la chair du bœuf salé de laquelle on charge les navires qui sont employés aux longs voyages. Ainsi, vous aurez une mumie qui ne cédera nullement à la quatrième en bonté, et que j'estime même davantage, parce qu'on est assuré de sa préparation, qu'on peut de plus en avoir plus facilement. [...]
[avec les muscles séché, on prépare le baume de mumie moderne]: C'est un très excellent remède intérieur contre toutes les maladies venimeuses, et particulièrement contre les pestilentielles et toutes celles qui sont de leur nature. Il est aussi très bon d'en donner à ceux qui sont tombés et qui ont du sang caillé dans le corps, aux paralytiques, à ceux qui ont les membres contractés et atrophiés, aux pleurétiques, et à toutes les autres maladies où la sueur est nécessaire: c'est pourquoi il est à propos de bien couvrir les malades auxquels on en donnera. [...]
Mais on ne peut assez exalter les beaux effets qu'il produit dans le dehors, car c'est un baume qui est même préférable au baume naturel, pour apaiser toutes les douleurs externes qui proviennent du froid, ou de quelque vent enclos dans les espaces des muscles; comme aussi contre celles qui sont occasionnées par des foulures et des meurtrissures; il en faut oindre aussi les membres paralytiques, les parties contractées et atrophiées, c'est à dire  qui ne reçoivent point de nourriture; il en faut encore frotter les endroits du corps qui sont douloureux, où néanmoins on ne voit aucune enflure ni rougeur; mais notez qu'il en faut donner en même temps intérieurement, afin que la chaleur interne coopère avec l'externe; car il faut couvrir le malade, et le laisser en repos quelques heures, afin de provoquer sa sueur, ou que ce qui cause la douleur et le vice des parties, s'exhale insensiblement.

La graisse humaine est de soi, sans autre préparation, un remède extérieur qui est très considérable, car elle fortifie les parties faibles et dissipe les sécheresses extérieures, elle apaise les douleurs, résout leurs contractions, et redonne l'action et le mouvement des parties nerveuses, adoucit la dureté des cicatrices, remplit les fosses, et rétablit l'inégalité de la peau qu'a laissé le venin de la petite vérole." (8)


"En Grèce, où l'on fait argent de tout, les gymnases ont mis au rang des remèdes les plus efficaces jusqu'à la crasse du corps humain. Les raclures du corps des athlètes sont émollientes, échauffantes, résolutives, incarnantes, propriétés résultant du mélange de la sueur et de l'huile. On les emploie en pessaire dans l'inflammation et la contraction de la matrice. Employées ainsi, elles sont emménagogues. Elles guérissent l'inflammation du siège et les condylomes, les douleurs des nerfs, les luxations, les nodosités des articulations. Les raclures obtenues à la suite des bains sont plus efficaces pour les mêmes usages; aussi les incorpore-t-on aux médicaments suppurants. Les raclures auxquelles on mêle du cérat et de la boue relâchent à la vérité les articulations, réchauffent et résolvent avec plus d'efficacité, mais ont moins de vertu pour le reste. (9)


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* litharge: protoxyde de plomb, souvent utilisé comme siccatif ou colorant de peintures et vernis. Utilisé aussi pour falsifier les vins, provoque "la colique du plomb".


** aurone mâle: citronelle

*** cohober: remettre dans la cornue la liqueur qui a passé dans le récipient pour la distiller de nouveau
      retorte: cornue

**** mumie = momie. Nicolas Lefévre en distingue cinq sortes:
- celle des Arabes qui est sortie des corps embaumés à la myrrhe (excellente, mais introuvable),
- celle des Egyptiens sortie des corps embaumés à l'asphalte (moins bonne)
- celle provenant du corps bouilli des esclaves, mêlé à de la poix et du bitume (en vente chez les apothicaires, remède ridicule et méprisable, falsifié).
- celle des corps humains qui se trouvent avoir été desséchés dans les sables de la Lybie (excellente, mais rare)
- la mumie "moderne", préparée avec un cadavre récent.


Sources:

(1) Ambroise Paré, Traité de la peste, de la petite vérole et rougeolle, avec une brève description de la lèpre, 1580.
(2) La nouvelle maison rustique 1755
(3) Du pronostic et du traitement de l'épilepsie Théodore Herpin, 1852
(4) Pierre André Matthiole, Commentaires sur les six livres de la matière médicale de Dioscoride. Traduction Antoine du Pinet,  1680
(5) Alternative santé, le mensuel de votre santé au quotidien, mars 2004
(6) Du théatre d'agriculture Olivier de Serres
(7) Dictionnaire ou traité universel des drogues simples Nicolas Lémery, 1716
(8) Cours de chymie, pour servir d'introduction à cette science Nicolas Lefèvre, 5ème édition publiée en 1751
(9) Histoire naturelle Pline l'Ancien, traduction de Emile Littré

Peinture: Saturne dévorant un de ses enfants, Francisco Goya 1820-1823