CIGUË (Ombellifères)

18 germinal

Texte de Pierre-André Matthiole (1500-1577) à propos de la grande ciguë:

"La ciguë est vénéneuse et fait mourir, par sa froideur, ceux qui en usent. Le remède à cela est de boire du vin sans eau.
Le jus de la ciguë se fait en pilant les cimes ; avant que la graine et que la chevelure soit sèche, et on fait sécher ce jus au soleil. Quand il est sec, il sert en plusieurs endroits en médecine. Car premièrement on le met aux collyres, qui sont faits pour ôter les douleurs de quelque partie du corps que ce soit. Appliqué, il amortit le feu de Saint Antoine et les ulcères corrosifs. L’herbe pilée avec ses cimes et mise sur les génitoires, fait perdre ses songes lascifs et venéreïques, et résout les convulsions et la semence génitale. Elle empêche de croître les mamelles des filles pucelles. Mise à l’entour des testicules des petits enfants, elle les sèche, empêchant qu’ils ne sentent la viande.[...]

En Toscane, si les ânes s’en paissent, ils deviendront si froids et endormis qu’ils semblent plutôt être morts qu’étonnés. Ce qui a toutefois abusé plusieurs paysans qui n’étaient avertis de cela. Car estimant leurs ânes morts, et les voulant écorcher, il arriva, qu’étant à demi écorchés, ils s’éveillèrent au grand étonnement de leurs maîtres et au grand plaisir de ceux qui voyaient cette farce. [...]

La ciguë prise en breuvage cause des vertiges, et trouble tellement la vue, que le malade y voit bien peu ou rien. Elle cause des sanglots et trouble l’entendement, et rend les extrémités du corps froides et comme gelées. Enfin les malades tombent en convulsion : et ayant les artères bouchées et serrées, ils étouffent à la fin.. Et par ainsi, il faut du commencement faire vider la ciguë par vomissements. Après cela il faudra évacuer par clystères ce qui sera descendu aux boyaux. Après on donnera à boire au malade du vin pur car cela lui est fort bon..."






Pierre-André Matthiole expose des cas d'empoisonnents accidentels dont il a été témoin
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Platon raconte dans Phédon, la mort de Socrate:

"Après avoir marché, il dit que ses jambes s'alourdissaient et se coucha sur le dos, comme l'homme le lui avait recommandé. Celui qui lui avait donné le poison, le tâtant de la main, examinait de temps à autre ses pieds et ses jambes; ensuite, lui ayant fortement pincé le pied, il lui demanda s'il sentait quelque chose. Socrate répondit que non. Il lui pinça ensuite le bas des jambes et, portant les mains plus haut, il nous faisait voir ainsi que le corps se glaçait et se raidissait. En le touchant encore, il déclara que quand le froid aurait gagné le cœur, Socrate s'en irait. Déjà la région du bas-ventre était à peu près refroidie lorsque, levant son voile, car il s'était voilé la tête, Socrate dit, et ce fut sa dernière parole : « Criton, nous devons un coq à Asclepios; payez-le, ne l'oubliez-pas. —Oui, ce sera fait, dit Criton, mais vois si tu as quelque autre chose à nous dire. » A cette question il ne répondit plus; mais quelques instants après il eut un sursaut. L'homme le découvrit : il avait les yeux fixes. En voyant cela, Criton lui ferma la bouche et les yeux." (Phédon, Editions Garnier Frères, Paris, 1965).

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