CHATAIGNE  (Fagacées)

(3 vendémiaire)



"Ce fruit se mange cru, bouilli et rôti sous la cendre ou dans une poêle criblée, on en fait de la farine et de la bouillie: les montagnards vivent de châtaignes tout l'hiver; ils les mettent sécher sur des claies, et après les avoir pelées, ils les font moudre pour faire du pain. Mais comme la farine qu'on peut tirer des châtaignes n'est point assez liante pour en faire du pain aisément, ils mangent les châtaignes même au lieu du pain. Leur manière de le préparer est d'en ôter d'abord la première écorce à sec et de les dépouiller ensuite de la seconde peau en les faisant bouillir légèrement; après quoi ils les réduisent par une entière cuisson, en une espèce de bouillie fort épaisse, à laquelle ils s'accoutument aisément, et qui donne de la vigueur et des forces même à ceux qui n'ont point d'autre nourriture.

Il est constant que les châtaignes engraissent et sont d'une assez bonne nourriture, mais elles resserrent et produisent des vents. Dans le ci-devant Limousin où presque toute les terres sont couvertes de châtaigniers, on s'en sert aux usages ci-dessus ou bien on les dépouille de leur peau et on les fait sécher pour les réduire en poudre, ensuite les mettre en bouillie quand on veut; elles servent aussi à engraisser les porcs.....

Les feuilles de châtaigniers, ramassées aussitôt qu'elles tombent et avant qu'elles soient mouillées servent de litière aux bestiaux et font un bon fumier; on en garnit aussi les lits de plumes, qu'ils appellent dans le pays lits de parement, ces feuilles de châtaignier crient et se relèvent d'elles-même comme le crin."

(La nouvelle maison rustique, an XII)

Photo: feuilles et fleurs du châtaignier



Pour conserver les châtaignes après la récolte

(Maison rustique du XIX ème siècle, 1837)


"On emploie la dessication et le battage....
[Après dessication] Il y a différentes manières de battre les châtaignes:

 1°) dans les sacs. Ces sacs sont ouverts aux deux bouts; ils ont 85 centimètres de tour sur un  mètre de large. On met dans le milieu de ce sac environ un demi décalitre de châtaignes. Deux hommes debouts, l'un vis à vis de l'autre, tenant le sac à deux mains, l'élèvent ensemble et frappent sur un billot de 70 centimètres de haut placé entre eux. Après une trentaine de coups, l'un des batteurs va prendre une autre mesure au tas, et l'autre verse les châtaignes dans un van qu'un homme tient à côté d'eux. Lorsque le sac commence à se percer, on fait coudre les deux ouvertures ensemble et on le coupe au milieu qui devient alors les extrémités. L'homme qui vanne suffit pour deux paires de batteurs, et nettoie deux mesures à la fois. Après le premier battage, toutes les châtaignes ne sont pas parfaitement blanches; pour détacher cette pellicule rougeâtre, que la plupart conservent, on recommence l'opération, mais l'on bat moins fort et moins de coups.
2°) pour les petites récoltes, on se sert des soles qui brisent moins les châtaignes (fig68).

Ce sont de gros souliers ou patins dont la semelle de bois a 5 centimètres d'épaisseur et est entourée d'une lame de fer découpée en scie par dessous, 13 dents pointues de 8 centimètres de long sur 15 millimètres en carré à leur base, entaillées sur les arêtes, sont implantées dans cette semelle. Quatre hommes chaussés de soles, entrent dans une espèce de coffre [...] rempli au 3/4 de châtaignes qu'ils font passer et frottent sous leurs soles [...]

3°) On se sert encore de la masse à battre les châtaignes (fig69)..."




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