CARDERE (Dipsacacées)

(17 fructidor)

La cardère commune qui pousse spontanément le long des chemins, ressemble à un grand chardon qu'on surnomme "chardon de loup", "roncine", "cabaret des oiseaux", "bain de Notre Dame" ou encore "lavoir de Vénus", à cause de ses feuilles disposées par paires le long de la tige et qui, soudées par leur base, forment des réservoirs d'eau où viennent s'abreuver les oiseaux.

Sa cousine, la cardère à foulon, dont les têtes épineuses constituent un véritable peigne, était utilisée depuis le temps des Romains, pour brosser les tissus de laine (et non pour carder la laine comme son nom pourrait le laisser supposer). Les cardères à foulon étaient récoltées et décapitées, leurs "têtes" triées séchées, mises en réserve et vendues aux laineux qui les embrochaient, bien serrées sur un outil à manche de bois, sorte de peigne dont les ouvriers se servaient pour frotter les draps de laine (c'était "lainer" les draps). Ces draps une fois brossés étaient dits "fins", ou "superfins", très coûteux, imperméables grâce au feutrage qu'ils acquéraient par ce traitement, ils étaient destinés à l'industrie florissante de la confection des uniformes militaires, des vêtements de la noblesse et de la bourgeoisie. Cette industrie a périclité à la fin du XIXème siècle, seules quelques usines provençales ont continué à fabriquer par ce procédé des tapis de billard, des chéchias coloniales, des couvertures en mohair, des manteaux "loden". La cardère à foulon n'est plus cultivée depuis des décennies, elle a même complètement disparu, le dernier spécimen a été vu il y a plus de vingt ans en Provence.

Mais... en Champagne, chez le dernier négociant en chardon, restait un ultime sac de graines de cardère à foulon...... Pour tout savoir sur les cardères (sauvages ou à foulon), et sur le devenir de ce dernier sac de graines, lisez les numéros 61 et 62 de La Hulotte, que vous trouverez dans la bibliothèque de votre ville, ou que vous commanderez sur le site:
http://www.lahulotte.fr.

La cardère, plante industrielle, se trouve aussi chez les apothicaires: sa racine "cuite au vin et broyée en forme de cérat*, qu'il faut conserver dans une boîte d'airin est bonne aux crevasses, fentes et fissures du fondement, comme aussi aux verrues pendantes, et à celles qui ont la base large, étant appliquées dessus. On tient que les vermisseaux que l'on trouve dans les têtes de ces chardons, lorsqu'elles sont sèches, guérissent la fièvre quarte, si on les porte pendus au cou, ou attachés au bras dans le temps de l'accès, enfermés dans un nouet de linge." (La nouvelle maison rustique, an XII)

Les capitules de la cardère donnent une teinture bleue.

*cérat = Préparation pharmaceutique ou cosmétologique à base de cire et d'huile, à usage externe.

Photo: capitule de cardère commune.

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