Deux Espagnols : Adolf Creus-Montal, 32 ans ; Francis Olive, 39 ans.
    Deux Français : Raymond-Anatole Bertignon, 25 ans ; Marck Edouard.
    Enfin, un Algérien : Belaïd Yanès, ce dernier marchand forain, qui, de passage à Paray voulait se rendre à Roanne, emportant ses économies : 150.000 francs paraît-il.
    Il faut relever que les tortionnaires ont enlevé à leurs victimes, avant de les fusiller, leur veston et leurs papiers, qu’ils ont brûlés, afin de détruire tout indice permettant de les reconnaître.
    Le mardi matin 5 septembre, en présence du capitaine Pontcarral, commandant le Maquis de Fragny, qui, pendant la nuit, avait occupé Saint-Yan, on procéda à l’exhumation des victimes : celles-ci furent exposées dans le préau de l’école des filles.
    La mère Vaudelin, habitante d’une maison solitaire, en arrière de la route de Marcigny, fit alors le récit du drame dont elle avait été témoin le jeudi soir. Le commandant allemand lui avait imposé le silence, sous peine de mort.
    On avait agrandi à la hâte une tranchée de la maison Thomey, pour enterrer les victimes. A coup de crosse, on les poussait vers la fosse, en leur logeant deux balles dans la nuque.

Mercredi 6 septembre - Le 6 septembre, Saint-Yan faisait des funérailles solennelles aux treize victimes retrouvées. Une foule immense, accourue de la campagne et des bourgs voisins, auxquels appartenaient les victimes, se réunit devant le préau, où les treize cercueils étaient alignés, disparaissant sous des brassées de fleurs.
    A 10 heures, le service funèbre fut célébré à l’église, en présence des autorités et d’une assistance recueillie, dans un morne silence ; la foule remplissait les nefs et tout le parvis de l’église.
    Après l’absoute, un cortège sans fin se forma pour accompagner les pauvres victimes à leur dernière demeure en ce monde.
    Conformément à une idée délicate du maire, M. Joseph Ferrier, elles furent inhumées au lieu même de leur supplice.
    Provisoirement, une grande croix de bois marque le Calvaire de Sain-Yan ; la Municipalité a décidé d’y ériger un monument du Souvenir.


ODYSSÉE D’UN OTAGE LIBÉRÉ

DIMANCHE 27 AOUT 1944 - Matin calme. La « Bauleitung » et la « Luftwaffe » continuent leurs préparatifs évidents de départ. Après déjeuner, quatre avions américains survolent Saint-Yan. Deux se détachent, mitraillent et mettent en feu le dernier avion du camp. Est-ce le signal de la panique ? Le commandant fait avertir, par l’intermédiaire du maire, la population que le camp doit sauter entre 18 et 20 heures. Vers 16 heures, les préparatifs s’accélèrent, le commandant fait demander Rabussier qui logeait au château de Selorre, celui-ci se présente, met en route le 5.426 RE 3, qui demeurait depuis la veille sur la place, et profite de la panique pour s’en aller avec ce camion.
Par crainte des explosions, nous quittons Saint-Yan avant 18 heures et gagnons les hauteurs qui dominent le camp. Aucune explosion, mais les Allemands commencent à incendier les cantonnements et les hangars (ceux où il n’y avait pas eu de bombes de déposées). A 20 heures, nous regagnons Saint-Yan.

LUNDI 28 AOUT - A 6 heures 45, première explosion de destruction, puis, au cours de la matinée, incendie des baraquements du Pont de l’Arconce et des cantonnements entourant l’église. Pour l’entreprise, travail normal. Nous finissons à midi le range-
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