Attigny, dimanche 30 août 1914

Au jour, nous nous dirigeons sur Reims, en suivant l'armée française. Nous traversons un barrage d'artillerie, nous trouvons des convois qui se replient plus loin, massés dans un pré, 15 ou 20 aéroplanes, enfin le village de Machaux. Nous venons de faire plus de 100 Km et comme nous n'avons pas dormi, nous sommes fourbus. A force de recherches, nous trouvons à acheter de la bière, des biscuits (à champagne) et des sardines. Ces aliments sont engloutis comme une lettre à la poste.

Nous gagnons Beine où nous sommes à midi. Couchés sur le bitume de la gare, nous nous reposons jusqu'à 14 heures. A cette heure, nous partons pour Reims (en chemin de fer) où nous arrivons à 15 heures. Dans le trajet, nous constatons que les forts qui entourent la ville sont occupés par nos troupes; que d'importants travaux de défense ont été faits, que des canons de siège ont été hissés sur les collines avoisinantes. Nous en concluons que Reims sera défendu et que peut-être une grande bataille s'engagera incessamment dans la plaine.
 

Reims, lundi 31 août 1914

 Il est mentionné sur le fascicule attaché à mon livret militaire, qu'en cas de mobilisation, un sursis d'un mois m'est accordé au titre d'économe de lycée, que cependant, je dois me replier si le territoire de ma résidence est envahi par l'ennemi. Je me trouve, fort heureusement, avoir satisfait à ce dernier ordre. Etant presque au terme du sursis d'appel, je me présente au bureau de recrutement. Je trouve porte close, il est parti sans laisser d'adresse. Je stationne devant la porte pendant quelques minutes, et je constate que les réservistes convoqués ne savent que faire. Les uns vont à la Sous-Préfecture, les autres à la Mairie, à la caserne Colbert. Partout, on lève les bras au ciel: que voulez-vous que nous fassions de vous? Quelqu'un me dit: le bureau de recrutement est transféré à Châlons-sur-Marne. Je tente d'y aller à bicyclette, mais je suis arrêté en cours de route par l'armée française et je dois me replier sur Epernay. La population très inquiète encombre la gare et les rues du voisinage. Les communications avec Reims et avec Châlons-sur-Marne sont interrompues. Deux régiments de dragons campent dans le coquet square du Jard. Je passe la nuit en gare d'Epernay.


Epernay, mardi 1er septembre 1914

Après une nuit blanche, je renonce à aller au bureau de recrutement de Châlons-sur-Marne et je reprends à bicyclette la route de Reims. Pendant 30 Km, je ne croise que convois de vivres et de munitions, qui à toute allure se replient de Reims à Epernay. Mon voyage s'effectue dans un nuage de poussière et mainte fois je risque d'être écrasé. A Reims, les grands services sont arrêtés: chemin de fer, banques, postes ne fonctionnent plus. Beaucoup de Rémois ont profité des derniers trains pour fuir. Journée d'angoisse, les Allemands approchent, les forts ne tirent pas, on ne se bat pas.


Reims, mercredi 2 septembre 1914

Séance du conseil municipal où il est décidé que Reims se rendra. On y arrête secrètement le chiffre maximum que pourra atteindre l'indemnité à verser aux Allemands (200 millions). Il est convenu que le Syndicat des Vins de Champagne fournira la moitié de la somme.


Jeudi 3 septembre 1914

Des réservistes récemment libérés sont convoqués à la caserne Colbert (où on les arme avec des fusils gras!). Je me présente. Le capitaine L. Kieffer me dit que les soldats de ma classe ne sont pas appelés. Il vise mon livret en me disant que je puis retourner à ma résidence habituelle.

M. Langlet, maire, se rend au devant de l'armée allemande à la Neuvilette (village de la banlieue de Reims). Il rentre en disant qu'il est convenu que la ville ne sera pas bombardée. Le soir, 14 uhlans se présentent à l'Hôtel de Ville et réquisitionnent pour le lendemain 3 000 rations de pain et d'avoine.


Vendredi 4 septembre 1914

A 9 heures 20 du matin, des obus sifflent au dessus de la ville. On croit à un tir à blanc pour s'assurer que la ville ne résiste pas, puis, en voyant les dégats causés, on pense à une méprise qui va bientôt cesser. Les obus pleuvent sur la ville de 9h20 à 9h40 causant de sérieux dégâts. Plusieurs maisons s'écroulent (rue de Mars, rue de l'Avant Garde quartier Saint Nicaise et Saint Rémi), deux maisons (Jules Matot et Abel) brûlent place du Palais de Justice, l'église Saint André est éventrée, de nombreux vitraux de la cathédrale sont endommagés, 50 personnes sont blessées, 50 sont tuées.

L'artillerie allemande a bombardé Reims de Witry (à 10 Km). Rien ne justifie ce bombardement. Les uns disent erreur d'un régiment ignorant que la ville a capitulé; les autres, deux officiers allemands ont disparu hier, on veut les retrouver. Personne ne sait la vérité. On hisse le drapeau blanc au moment où le bombardement cesse.

L'après midi, le 23ème régiment d'Artillerie et un régiment d'Infanterie entrent en ville. Attitude choquante de quelques personnes qui accueillent trop aimablement nos ennemis. On loge une grande partie des troupes à l'usine des Anglais.

Pendant le bombardement de Reims, j'ai tenu l'attitude inconsciente suivante qui aurait pu me coûter la vie: A 9h 1/4, j'étais en conversation avec Jules Matot, libraire en bas de la rue Carnot, en face du Palais de Justice. Nous entendons au dessus de nous un sifflement prolongé, et une ou deux secondes après, une détonation brusque, forte, dans la direction de la Vesle. Nous nous regardons, intrigués. Les mêmes bruits se reproduisent coup sur coup. Matot se sauve à toutes jambes en criant: on bombarde... Je le rappelle, inutilement. Il a disparu. Je descends la rue de Vesle et je m'engage dans la rue de Talleyrand. Les sifflements, les éclatements continuent et je perçois, chaque fois, un crépitement sur les murs et sur les devantures. Je m'approche d'une devanture de tôle et je constate qu'elle est trouée comme une passoire. Je comprends alors le danger et je m'abrite dans un couloir. Cinq minutes se passent, je quitte mon abri et je retourne à la recherche de Matot. De loin, j'aperçois sa maison en feu. Quand je suis en face, je constate avec stupeur qu'un entonnoir de 3 mètres d'ouverture sur plus d'un mètre de profondeur existe à l'endroit précis où nous tenions conversation. Un obus vient de tomber là, il a crevé la conduite de gaz alimentant la maison et y a mis le feu. Je cours à la station des pompes sous le théâtre, elle est fermée. Je file à l'Hôtel de Ville où je trouve le bon Dr Langlet qui, aidé du concierge, construit un immense drapeau blanc avec le manche d'une tête de loup et un drap de lit. Je le mets au courant de l'incendie et je lui signale l'absence des pompiers. Il faut dit-il retourner au théâtre et vous les trouverez certainement enfermés dans leur remise. Je reviens sur mes pas et je trouve effectivement les pompiers de garde. Ils quittent leur abri, combattent le feu, l'éteignent. Pendant ce temps là; le bombardement a pris fin et Matot réapparaît. Il s'était terré dans la cave (à deux étages) d'une maison du voisinage et n'avait rien entendu; rien vu!


Samedi 5 septembre 1914

Les Allemands encombrent la ville. Ils ricanent en voyant les dégâts causés par le bombardement. On annonce que la route des Ardennes est libre. Je me procure un laissez-passer (rédigé en allemand) pour gagner Charleville.


Dimanche 6 septembre 1914

De très bonne heure, je m'embarque avec MM. Boshard, Bernard, Winling et deux ou trois autres personnes pour Charleville (84 Km). Je suis seul à oser me servir d'une bicyclette, je l'enfourche et file à toute allure. A Witry, je rencontre un groupe de uhlans... Les hommes regardent au loin et sur les côtés, je me paye de toupet et je les croise sans descendre de machine; 500 mètres plus loin, je tombe sur une troupe de fantassins, les hommes marchent en file indienne sur les côtés de la route, laissant le centre du chemin entièrement libre. J'ai tout de suite la conviction que, n'ayant pas été arrêté par les éclaireurs, je ne le serai pas par la troupe. En effet, je reste au centre de la route, je m'engage au milieu des Allemands sans être inquiété. Les hommes me dévisagent, ricanent. Je pédale à toute allure, sans les regarder. Cette situation dure pendant 10 Km, jusqu'à Tagnon.

Les troupes croisées m'ont paru en excellente santé.

A la place de Rethel, traversée huit jours auparavant, je ne trouve que ruines, seules quelques maisons à l'entrée, à la sortie et en bas de la ville sont debout, tout le reste est brûlé. Les habitants ont parait-il, coupé avant de fuir, les conduites d'eau et de gaz, les Allemands en ont tiré vengeance en incendiant.



De Rethel à Saulce-Monclin, la route est parsemée de cadavres d'hommes et de chevaux, jonchée d'armes, de sacs, de vêtements, de véhicules de toute espèce, disloqués, brûlés, de munitions abandonnées.

On s'est battu le dimanche précédent (après notre passage) et les cadavres sont encore là. L'air est irrespirable dans cette traversée.

Les portes et les fenêtres des maisons dans les villages que je traverse sont enfoncées. Les Allemands ont fait ripaille partout, les tables et le sol sont encombrés de bouteilles vides. Ils ont tout pillé, tout saccagé, on aperçoit couramment la literie au milieu de la cour, le piano sur la route, les chaises et les fauteuils dans les champs. Le feu a été mis à bon nombre de maison en particulier à Saulce-Monclin où l'église et la mairie n'existent plus. Avant Saulce-Monclin, j'aperçois dans un champ des montagnes d'obus tirés et non tirés, plusieurs caissons abandonnés, chevaux et conducteurs tués sont à côté. Je ramasse quelques douilles vides. Lorsque je traverse le village, un poste allemand m'arrête et me les prend. A la sortie de Saulce, dans un verger, à 10 mètres de la route, un paysan est attaché à un arbre. Je m'approche, il est criblé de balles. Les Allemands ont parait-il fusillé une douzaine d'habitants de ce village.

Quelques Km plus loin, je ramasse dans un champ où l'on s'est battu, un casque d'artillerie prussien, une gourde en opaline ornée du portrait du Kaiser. Les Allemands ne m'ont pas vu, je fourre ces objets au fond d'un panier attaché devant mon guidon et je pédale à toute allure pour gagner Charleville. J'arrive à Mohon sans incident à 16 heures, je traverse la Meuse en barque et je suis à Mézières. Je la traverse encore et je débarque enfin à Charleville…..



RETOUR A CHARLEVILLE

Les maisons sont presque toutes fermées, la ville est déserte, triste au possible. Les rares habitants que je croise me regardent comme une bête curieuse, ils se demandent d'où je puis sortir. Le bruit de mon retour se répand. On vient aux nouvelles. Je ne sais malheureusement pas grand chose. On est stupéfait d'apprendre que Reims n'a pas résisté, qu'aucune bataille n'a été livrée dans la plaine et que les Allemands marchent à grands pas sur Paris.

Je réclame à mon tour le récit des évènements locaux. J'apprends ce qui suit:

Sur l'initiative de quelques citoyens qui se réunissent au Commissariat de Police (la Mairie étant fermée à clef), il est décidé qu'une Commission de 25 membres sera constituée pour l'administration de la ville.

Comme il faut avant tout manger, le premier soin est d'ouvrir les boucheries et les boulangeries; on organise une vague soupe populaire.

MM. Manager et Domelier (deux membres de la Commission) vont à Rethel pour faire régulariser par le Préfet, les pouvoirs de la Commission. Ils rencontrent le Préfet et le Maire à Launois, le Maire refuse de céder ses pouvoirs et le Préfet le couvre. Ces deux ambassadeurs ne rentrent qu'avec l'autorisation d'ouvrir des magasins.

Samedi 29 août 1914
Prise de possession de Charleville par les Allemands. Le récit de l'évènement fait par M. Blairon est consigné au registre des délibérations du Conseil Municipal. En voici le texte, rédaction respectée:


EXTRAIT DU REGISTRE DE DELIBERATION
DE LA COMMISSION MUNICIPALE
Compte rendu rédigé par M. Blairon

29 août 1914: Le 29 août 1914, vers huit heures du matin, un parlementaire allemand, accompagné d'un batelier arrivait à l'Hôtel de Ville, demandant à parler à M. le Maire. A ce moment, plusieurs membres de la Commission étaient présents: MM. Lange, Domelier, Brion, Jacob, Aubry, Faynot, Pillot, Theron Marlier, Tournier, etc.

M. Blairon, président de cette Commission qui s'était constituée les 26 et 27 août, après avoir déclaré ses qualités, lui dit que le Maire et les Conseillers municipaux avaient quitté la ville, et qu'il était à sa disposition pour s'entretenir avec lui. Le parlementaire lui communiqua les ordres de son commandant disant que la ville devait se rendre, et à M. le Maire et à ses délégués de se rendre près de lui, plateau de Berteaucourt. M. Blairon donna des ordres en conséquence. Le parlementaire annonça également à M. Blairon que des troupes allemandes traverseraient la ville dans quelques heures, que la population devait s'abstenir de toute manifestation, sinon la ville serait bombardée et les otages fusillés. M. Touret arriva s'offrir à eux comme otage, M. Bouillard se joignit à eux. A la foule qui arrivait sur la place, M. Blairon recommanda le calme et la dignité à observer afin d'éviter une catastrophe.

MM. Blairon, Touret, Bouillard partirent aussitôt; au moment de passer la barque près des bains, M. Bouillard les quitta. Arrivés sur l'autre rive, M. Touret et moi fûmes entourés par les Allemands, un sous-officier et un soldat nous aidèrent à gravir la pente très raide jusqu'au chemin du plateau occupé par un détachement; en nous retournant, nous vîmes flotter le drapeau blanc sur l'Hôtel de Ville. Le sous-officier nous dit d'attendre l'arrivée de son chef. Après un certain temps, le même sous-officier vint nous prévenir que l'on nous attendait à l'hôpital de Mézières et nous dit de le suivre. Nous passâmes au dessus du tunnel effondré et sur les débris du pont sauté où nous dûmes nous accrocher après les morceaux pour ne pas tomber à la rivière.

Après ce voyage, nous arrivâmes à l'hôpital où les abord et les rives étaient occupés par de nombreux soldats. Un major parlant très bien français nous attendait. Il m'interrogea sur la situation de la ville et ses dispositions en vue du passage des troupes. Je lui fit le récit de la nuit de la panique, de la démarche faite à Launois auprès du Préfet, du Maire et des adjoints. Je lui expliquai que, par suite de l'abandon des autorités, d'anciens conseillers municipaux et d'autres personnes avaient entrepris la réorganisation des services de la ville en recherchant les moyens de subsistance pour les malheureux restés sans ressources. Il me répondit, en blâmant l'abandon de la ville: "c'est très bien ce que vous faites, je vais en référer à mon chef".

Il fit appeler la Supérieure de l'hôpital en la priant respectueusement de nous loger dans une salle à part et de nous donner tout ce dont nous aurions besoin. L'on nous logea dans un dortoir où l'on mit deux fonctionnaires à nos côtés.

Quelques temps après, il vint nous chercher et nous mit en présence d'un lieutenant colonel, que nous trouvons en conférence avec M. Bruxelle, maire de Mézières. Ce colonel connaissant la situation de Charleville me fit quelques questions de détail sur les faits passés à Charleville et sur nos projets d'organisation en vue de l'occupation  et du passage des troupes. Je lui répondis qu'il pouvait avoir confiance aux membres de notre Commission, laquelle était composée de notables de Charleville, rompus aux affaires pour subvenir aux besoins de la population et au tact à observer avec les autorités allemandes. Il fit donner en ce moment, à M. Bruxelle la parole d'honneur qu'il ne rencontrerait aucun obstacle à l'occupation de Mézières, je fis de même pour Charleville. Il pria M. Bruxelle de se rendre à Charleville pour lui rendre compte de ce qui s'y passe et de revenir le plus tôt possible. Je lui fit remarquer, vu la difficulté de s'y rendre qu'il faudrait bien 1 heure 1/2 pour remplir sa mission; M. Bruxelle partit en nous serrant la main.

Le colonel nous fit reconduire dans notre chambre et nous dit: "Messieurs, suivant les évènements, vous serez libérés dans quelques instants, peut-être plus tard." Une demi heure après, un officier vint avec M. Bouillard nous rendre la liberté. Pendant ce temps, M. Bruxelle, par une délicate attention, vint rassurer nos amis sur notre sort. Nous partîmes, encadrés par des soldats qui nous laissèrent libres près de la mairie de Charleville. Les officier, accompagnés de M. Gailly allèrent visiter les blessés. Vers 3 heures, la Commission continua ses travaux. M. Paul Gailly pris la direction des services, il indiqua à chacun la tâche lui incombant. Un Comité directeur composé de MM. Blairon, Gailly, Domelier, Lange, Gonthier, fut constitué. Une heure après, les réquisitions allemandes commencèrent avec leurs conséquences et les difficultés dont une plume plus conséquente fera l'historique. Mais à côté de ces difficultés, la Commission constata la confiance qui lui était accordée; des commerçants, des particuliers vinrent nous offrir de l'argent qui nous facilita la tâche et para aux premiers besoins, d'autres bonnes volontés se manifestèrent pour se rendre utiles. Qu'ils en soient tous remerciés, car ils furent de précieux auxiliaires.
Signé:. Blairon : président de la Commission municipale,
                              Touret membre.

M. Blairon, ex ouvrier serrurier, devenu notable de l'endroit, rêvait d'être un jour maire.... Son rêve s'est réalisé! Avec pareil procès-verbal, son nom passera dans l'histoire; cela n'est pas douteux.

NB MM. Bouillard et Domelier ont raconté, avec des variantes, l'histoire de M. Blairon à B... notre grand historien.

PROCLAMATION
(Rédaction scrupuleusement respectée)

Citoyens,
Un corps de troupe de l'Armée allemande, sous mon commandement, vient d'occuper votre ville. Comme la guerre ne se fait qu'entre les armées, je garantis formellement la vie et les biens privés de tous les habitants sous les conditions suivantes:
 1°) Les habitants s'abstiennent strictement de tout acte d'hostilité contre les troupes allemandes.
 2°) Les vivres et le fourrage pour nos hommes et chevaux sont livrés par les habitants, toute livraison sera payée en argent comptant ou par une quittance dont le remboursement est garanti, la guerre finie.
 3°) Les habitants logent nos soldats et chevaux le mieux possible et éclairent les maisons pendant la nuit.
 4°) Les habitants remettent les chemins dans un état praticable, écartent tous les obstacles construit par l'ennemi et aident nos troupes à mieux accomplir leur tâche doublement difficile dans un pays ennemi.
 5°) Il est défendu de s'attrouper dans les rues, de donner les cloches ou de communiquer d'une façon quelconque avec l'ennemi.
 6°) Toutes les armes qui se trouvent en possession des habitants, doivent être livrées à la Mairie au bout de deux heures.
 7°) Le maire, le curé et quatre notables de la ville se rendent immédiatement auprès de moi et servent d'otage pendant le séjour des troupes.

Sous ces conditions -je répète- la vie et les biens privés des habitants seront absolument garantis. La discipline sévère à laquelle nos troupes sont accoutumées, le rend même possible qu'aucun habitant ne sera forcé à négliger ses affaires ou à quitter son foyer. De l'autre côté, je prendrai des mesures sévères dès que les conditions mentionnées ci-dessus ne seront pas remplies. Sous ce rapport, je me tiendrai en premier lieu aux otages. De plus, tout habitant attrapé les armes à la main, ou convaincu d'un acte quelconque d'hostilité contre nos troupes, sera fusillé. Enfin, la ville entière est responsable des actes de chacun de ses habitants et fera bien d'organiser une surveillance mutuelle afin de préserver les habitants  des conséquences fâcheuses d'une coopération avec l'ennemi.


Ceux qui, le 25 août au soir, ont fui devant l'armée allemande, ont, pour le plus grand nombre, tout laissé, tout abandonné sans penser au lendemain.
A mon retour, le 6 septembre 1914, on me cite un cas de présence d'esprit peu banal: M. Machaux, agent d'assurance, 27 place Ducale a écrit avant son départ et a laissé bien en vue dans son appartement l'avis suivant: "Nous sommes de malheureux employés que les autorités obligent à partir. Nous laissons notre seul bien mobilier en le recommandant à la clémence des occupants. Nous laissons nos provisions à leur disposition".

Ces nouvelles et beaucoup d'autres m'intéressent évidemment, mais je dois dire ce que j'ai fait à mon arrivée....

SUITE

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