VER A SOIE

15 floréal


Des vers à soie (extrait de La nouvelle maison rustique, an XII):

"Le ver à soie, l’une des plus riches et des plus surprenantes production de la nature, n’offre pas moins que les abeilles, de l’utile, de l’agréable, et même du merveilleux.
L’utile est, en ce que les vers nous donnent la soie et le fleuret: après leur mort, même tout en sert; soit qu’ils soient vers ou papillons; c’est le meilleur engrais qu’on puisse donner aux poules, et l’appât le plus subtil pour prendre toutes sortes de poissons; leur fiente et litière font le meilleur de tous les fumiers, surtout pour les melons.
L’agréable et le merveilleux en est ce que, quoique cet insecte ne vive guère plus de quarante cinq à cinquante jours pendant l’année, dont il en passe les deux tiers dans une espèce de léthargie où il ne demande ni nourriture ni soin, et quoique pendant ces deux semaines d’action, il n’ait besoin que de feuilles de mûrier et de quelques petits soins,  cependant dans ce court temps, il change sept fois de peau et prend six formes différentes qui n’ont la plupart aucun rapport entre elles, ni pour la couleur, ni pour la figure, ni l’espèce, ni pour les effets, puisque de graine qu’il est d’abord, au bout de quatre jours il devient ver, qui dans quinze jours, quitte et reprend quatre peaux différentes, puis s’ensevelit dans une épaisse coque ou cocon, où il devient œuf et fève pendant huit ou dix jours, après lesquels il en sort changé en papillon, qui périt de lui même en deux jours, et retourne dans son premier état de graine, par le moyen de laquelle, ce faible insecte, qui n’emploie ses quarante cinq à cinquante jours de sa vie pour se bâtir son tombeau, renaît de ses cendres, se perpétue et s’augmente à l’infini, à mesure qu’il nous enrichit....

Le premier état du ver à soie est la graine, d’où les vers écloront dans le temps par l’effet de la chaleur. Cette graine est grosse comme des grains de moutarde, et de couleur ordinairement grise....
En général, toute graine de ver blanche et légère ne vaut rien; il faut donc qu’elle soit lourde, noirâtre, vive, et qu’elle ne passe pas un an. On l’éprouve à l’ongle: si elle se casse en pétillant, et qu’elle jette de la liqueur, c’est une bonne marque, en cas que cette liqueur soit vive, belle, et ne coule cependant point; car si la graine a été morfondue,  elle n’aura ni vivacité, ni lucidité, et si elle coule, c’est une marque qu’elle est pourrie. Après cette épreuve, on met le graine dans du bon vin, pour voir s’il y en a beaucoup de mauvaises: la bonne ira au fond, et la mauvaise nagera....

Le second et véritable état du ver à soie est cette forme de ver que la chaleur a fait éclore de la graine... En naissant, le ver à soie a la forme d’une très petite chenille qui grossit et s’allonge de jour en jour; quand il a acquis sa perfection, il est gros comme une plume de cygne, et long de deux pouces. A l’aide du microscope, on lui voit vingt quatre pieds, avec leurs crochets, pour s’arrêter où ils se trouvent commodément, huit de chaque côté sous le milieu du ventre, et quatre de chaque côté, tout près de la tête, qui a son crâne, des yeux, une bouche etc.....
On leur prépare des endroits où on les doit bientôt mettre pour le reste de leurs jours. Ceux qui en ont peu, ou qui ne veulent pas leur donner une chambre et leur dresser des tablettes exprès, les logent sur des ais, sur des bancs, dans des paniers ou dans des coffres, même sur le ciel du lit; bref, partout où l’on peut, pourvu qu’on les garantisse des souris, fourmis, grillons, poules, moineaux, hirondelles, et des autres bêtes qui en sont friandes, ou qui les dérangeraient.
Le feu et la fumée, quand ils ne passent point un certain degré, et les visites fréquentes, avancent plutôt les vers que de leur nuire: les personnes à préjugés prétendent qu’il faut les éloigner du grand bruit, comme des cloches, coups de fusils, tambours, et des gens à marteau. Elles disent aussi que le tonnerre leur est fort contraire, et qu’il est nécessaire de leur mettre un morceau de fer quand il tonne, de tenir les portes et les fenêtres bien closes afin que l’air du dehors ne pénètre pas dans la chambre: pour nous, nous croyons que le bruit du tonnerre leur est moins préjudiciable que l’étouffement dans lequel on les tient alors.....

Les vers à soie ne se nourrissent que de feuilles de mûrier...

Le troisième état du ver à soie est de filer sa soie, bâtir son cocon, s’y ensevelir, et s’y transformer en fève, et de là en papillon...."

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