TRUITE

15 thermidor

“ La truite est un poisson d’eau douce, il y en a de deux sortes: l’une qu’on appelle simplement truite, et l’autre truite saumonée. La première se nourrit dans les eaux de source vives et claires, et l’autre est beaucoup plus grande, a la chair rouge comme un saumon, et se trouve dans les lacs et dans les rivières. Elles descendent à la mer petites et en fourmilières au mois de mai (de la mi-floréal à la mi-prairial), elles rentrent dans les rivières en juin juillet août et septembre (de la mi-prairial à la mi-vendémiaire), et alors, elles sont grandes, grosses et saumonées; quelques uns les appellent grils ou petits saumons. Il s’en fait une pêche considérable pendant ces quatre mois.

Les truites ont des dents sur la langue, et sont marquetées de plusieurs taches jaunes et rouges; elles vivent de petits poissons, de vers et de graines. On les retrouve plutôt dans les petites rivières que dans les grandes, et surtout dans celles qui coulent avec rapidité et dont le lit est pierreux; elles ont le trait de l’aileron très violent; elles nagent à contre-fil de l’eau, et résistent en sautant plus de trois coudées de longueur, à la violence des flots. La truite, surtout la saumonée, qui vient de la mer, est plus abondante et plus délicieuse en été qu’en toute autre saison; en hiver, elle perd presque tout son bon goût.

Ces poissons vivent de vers, de limaçons et de petits poissons; lorsqu’il tonne, les truites se retirent sous les racines des aulnes et des saules, et alors, il est aisé de les y prendre à la main. On les prend aussi vives par les ouïes avec un crochet au bout d’une perche.


Secret pour la pêche de la truite.

On prend les truites à l’hameçon qu’on appâte de vers de la manière qui suit: Prendre une poule, la percer, mettre dedans trois jaunes d’œufs et du safran de la grosseur d’un pois; le trou cousu, enterrer cette poule dans du fumier de cheval, et la laisser ainsi pendant trois ou quatre jours, jusqu’à ce qu’elle se corrompe, et qu’il paraîsse dessus certains vers jaunes; ensuite, prendre ces vers, en amorcer l’hameçon, et le jeter à l’ordinaire dans l’eau où on sait qu’il y a des truites. Ces vers se conservent enfermés dans un petit pot.…

Autres manière de prendre les truites. Avoir environ plein une chopine de vers de terre, les mettre dans un pot de terre et verser par dessus un petit verre d’eau de vie pour les faire mourir, y ajouter deux onces de coq-de-levant* bien pulvérisé, avec gros comme un œuf de matière fécale, mêler bien le tout avec un bâton, et couvrir le pot pendant la nuit: il faut faire cette composition le soir, et le lendemain au matin jeter les vers les uns après les autres dans plusieurs endroits de la rivière où on juge qu’il y a le plus de truites; c’est un poisson qui remonte toujours: on n’a pas plutôt fini à jeter les vers, qu’il faut aller par où on a commencé, et prendre le poisson qu’on trouvera sur l’eau.”

La nouvelle maison rustique, an XII

* coq de levant = ergot de seigle.

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