THON

25 ventôse



   






Le thon est pêché depuis la plus haute Antiquité à la ligne, au harpon, au trident, et le plus souvent à la mandrague: sorte de labyrinthe de filets vers lesquels on rabat les poissons qui passent en bancs le long des côtes pendant leur migration.
Les mandragues sont installées à demeure, et sous l'ancien régime, leur pose est soumise au bon plaisir du roi dont il faut obtenir des lettres patentes, ces lettres sont délivrées contre finances.

Voici un très beau texte extrait de l'Histoire naturelle des poissons de Buffon:

"... le thon expire quelquefois victime d’un être bien petit et bien faible en apparence, mais qui, par les piqûres qu’il lui fait et les tourments qu’il lui cause, l’agite, l’irrite, le rend furieux, à peu près de la même manière que le terrible insecte ailé qui règne dans les déserts brûlants de l’Afrique, est le fléau le plus funeste des panthères, des tigres et des lions. Pline savait qu’un animal dont il compare le volume à celui d’une araignée, et la figure à celle du scorpion, s’attachait au thon, se plaçait auprès ou au-dessous de l’une de ses nageoires pectorales, s’y cramponnait avec force, le piquait de son aiguillon, et lui causait une douleur si vive, que le scombre, livré à une sorte de délire, et ne pouvant, malgré tous ses efforts, ni immoler ni fuir son ennemi, ni apaiser sa souffrance cruelle, bondissait avec violence au-dessus de la surface des eaux, la parcourait avec rapidité, s’agitait en tout sens, et ne résistant plus à son état affreux, ne connaissant plus d’autre danger que la durée de son angoisse, excédé, égaré, transporté par une sorte de rage, s’élançait sur le rivage ou sur le pont d’un vaisseau, où bientôt il trouvait dans la mort la fin de son tourment.
C’est parce qu’on a bien observé dans les thons cette nécessité funeste de succomber sous les ennemis que nous venons d’indiquer, l’habitude du succès contre d’autres animaux moins puissants, le besoin d’une grande quantité de nourriture, la voracité qui les précipite sur des aliments de différente nature, leur courage habituel, l’audace qu’ils montrent dans certains dangers, la frayeur que leur inspirent cependant quelques objets, la périodicité d’une partie de leurs courses, l’irrégularité de plusieurs de leurs voyages et pour les temps et pour les lieux, la durée de leurs migrations, et la facilité de traverser d’immenses portions de la mer, qu’on a très bien choisi les époques, les endroits et les moyens les plus propres à procurer une pêche abondante des scombres qui nous occupent dans ce moment."



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