SAUMON

5 fructidor



“Le saumon est un gros poisson couvert de petites écailles, long et large à proportion; sa gueule est large et fort garnie de dents, sa tête est sans écailles; il a le dos d’un bleu noirâtre, et de grands yeux. Ce poisson nait dans la mer où on le pêche, ainsi que dans plusieurs rivières qu’il remonte au printemps jusqu’à leur source. La plus commune des opinions est que le saumon va toujours à contre-fil de l’eau, et ne descend jamais; qu’il vient de la mer et suit surtout les salines lorsqu’elles montent.

Le saumon est extrêmement vif, et quand il nage, on dirait que c’est un trait qui est décoché. La femelle du saumon se nomme bécard, elle diffère du mâle en ce qu’elle a le bec plus long et plus crochu, les écailles moins claires, le corps parsemé de taches brunes tirant sur le noir, le ventre plat, la chair moins rouge, plus sèche et moins délicate; elle jette ses œufs en octobre, novembre et décembre (de la mi-vendémiaire à la mi-nivôse), et la pêche est alors défendue. Le plus ou le moins d’âge du saumon décide de la manière dont on doit le prendre: quand il est petit, il se prend à l’hameçon, il faut à la vérité que ce piège soit gros et proportionné à la force de ce poisson. On le prend au grand filet et à la nasse; on le pêche aussi avec la fouine. Voici pour y réussir les particularités qu’on doit savoir:


Manière de prendre les saumons à la fouine

Dans le mois de mai (de la mi-floréal à la mi-prairial), les hirondelles tourmentent beaucoup les saumons, de telle sorte que ces poissons, fatigués de sauter pour les éviter, vont se ranger au bord des rivières, où tour à tour ils s’enfoncent dans l’eau, et viennent sur la superficie. Dans ce temps là, les pêcheurs habiles se promènent le long de ces bords dans un bateau, et aussitôt qu’ils ont aperçu sauter quelques saumons, ils s’arrêtent à l’endroit, ils prennent leur fouine, armée de six à sept pointes, et la tenant prête à tomber, ils la lancent d’abord que ce poisson vient de reparaître à la superficie de l’eau, et le prennent ainsi. Ce premier saumon pris n’est qu’un appât pour en attirer d’autres. Aussitôt qu’on l’a, on le lie bien avec une corde, tout en vie qu’il est, et on le tient ainsi dans l’eau jusqu’à ce qu’il en vienne un autre, qui ne manque point de le mordre. Le pêcheur qui s’en aperçoit tire doucement à bord celui qu’il tient garrotté, tandis qu’un autre, la fouine à la main, darde le saumon qui fuit.


Manière de pêcher les saumons au filet

Les saumons ordinairement entrent en amour vers le milieu du mois de mars (à la fin de ventôse); et c’est dans ce temps que les pêcheurs se disposent à leur tendre des filets qui doivent être à double tramail, hauts de deux pieds et longs au moins de plus de trente; ou pour mieux dire, ces sortes de filets doivent occuper toute la largeur, ou peut s’en faut de la rivière où l’on pêche. Quand les filets sont tendus, plusieurs pêcheurs, chacun dans une nacelle ou petit bateau, se promènent en descendant l’eau, tandis que les saumons donnent dans le piège. Ceux qui s’y sentent pris rompent quelquefois le filet par les fortes secousses qu’ils y donnent; s’il s’y en prend plusieurs à la fois, et qu’ils ne puissent s’en débarrasser, ils s’élancent les uns sur les autres; et s’il y a de l’espace, ils se tuent.

Il y a des endroits où l’on pêche les saumons la nuit avec de la lumière qui les attire, et on les tue à coups de fourches.

On les prend encore dans certaines digues faites exprès, où il y a des barreaux de fer, disposés de telle manière que les saumons, en montant, les font ouvrir avec la tête; et comme ces barreaux se referment aussitôt que les saumons sont entrés, et qu’ils ne peuvent se rouvrir lorsqu’ils veulent descendre pour retourner à la mer, ils se trouvent arrêtés comme dans un réservoir où il est aisé de les prendre.”
(La nouvelle maison rustique, an XII)
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