OIE

(5 brumaire)

 “L’oie, surtout la sauvage, est un manger assez agréable et nourrissant, mais un peu difficile à digérer: il faut la choisir entre deux âges; elle convient principalement en hiver; aux estomacs forts et aux gens bilieux et de grand exercice, au reste, elle n’est pas fort salutaire. La première peau des pieds de l’oie mise en poudre au poids d’une demi-dragme, est astringente et arrête les écoulements immodérés. Le même poids de ses excréments réduit en poudre raréfie et atténue les humeurs, excite les sueurs, les urines et les mois aux femmes, et hâte l’accouchement. Son sang résiste au venin: on en donne deux ou trois dragmes. Sa graisse est résolutive et émolliente, adoucit les hémorroïdes, apaise les douleurs d’oreilles, lâche le ventre, et guérit les rhumatismes....


Comment il faut engraisser les oies:

On leur plume le ventre, on les enferme dans un lieu chaud, surtout étroit et ténébreux afin que leur nourriture ne se dissipe point, et qu’elle se convertisse en aliment et en graisse. Si on n’a point de lieu assez obscur pour les mettre, on leur crève les yeux, on ne les laisse point manquer de mangeaille ni de boisson. Quoiqu’aveugles, elles savent la retrouver, dès qu’on les a mises une fois dessus.
Les oies veulent être toujours tenues très proprement. Quand on veut qu’elles engraissent promptement, leur nourriture, dont on ne les laissera jamais manquer, sera du millet, de l’avoine, des pois et des fèves bouillis dans de l’eau, ou bien des choux hachés et bouillis avec un peu de son,  du gland concassé, des raves coupées par morceaux, ou autres choses semblables...
Pour leur aiguiser l’appétit, et les faire manger et engraisser davantage, on leur donne dans certains endroits, du charbon broyé, outre les mangeailles ci-dessus, qu’on leur donne séparées de ce charbon. Quinze jours ou trois semaines suffisent pour engraisser les jeunes oies, il faut un mois pour les vieilles.”

Texte: (La nouvelle maison rustique, an XII)

Photo: Chaim Soutine “Paysage” 1933
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