LOUTRE

25 thermidor



Illustration: Le livre de chasse de Gaston Phebus, 15ème siècle. © Bibliothèque Nationale de France.


“La loutre est un quadrupède amphibie, à peu près de la grosseur d’un renard, couvert de gros poil courts, couleur de châtaigne; sa tête ressemble un peu à celle du chien, ses oreilles sont petites, ses pattes sont courtes, sa queue est oblongue garnie de poils. Il habite le long des bords des lacs, des rivières et des étangs; il fait ses catiches, cavernes ou retraites, sous les crônes, au bas desquels se retirent ordinairement les poissons, dont il fait un très grand dégât par la quantité qu’il en dévore avec une avidité extraordinaire, jusqu’à ce qu’il en soit rassasié, et il en porte dans sa caverne, où ils causent une puanteur insupportable. Cet animal vit encore de racines, d’écorces d’arbres, de fruits et d’herbes.


La destruction de la loutre est importante pour la conservation du poisson. Quand on aperçoit le long des bords de l’eau des endroits battus par les empreintes des pieds de la loutre, soit sur le sable ou sur la vase, ou bien lorsqu’on voit des écailles qui y restent, il fait très bon mettre dans ces sortes d’endroits, des pièges de fer appelés traquenards, que l’on tend dans la rivière au passage de la loutre sur des crônes, et que l’eau recouvre de vase le plus adroitement que l’on peut, afin que l’animal ne se méfie point: on attache une pierre au bout de la chaîne, et lorsque la loutre va à la pêche, et qu’elle passe sous les crônes, elle se trouve prise au piège dès qu’elle y a marché; et dans le moment qu’elle se sent prise, elle fait un saut dans la rivière, et entraîne avec elle le piège et la pierre qui est attachée au bout de la chaîne; comme leur poids empêche la loutre de remonter sur l’eau pour reprendre haleine, elle se noie bien vite, et avec un croc on retire au bord le piège et l’animal qui y est attaché. On peut en tendre des deux côtés de la rivière pour qu’elle soit plutôt prise.

Comme la loutre digère promptement et se vide de même, si elle rencontre sur le bord du rivage une place où il y ait par hasard une pierre blanche, soit de craie, de plâtre, ou quelque autre chose semblable, par un instinct particulier, elle ne manque jamais d’aller toujours fienter dessus; ainsi on est sûr de la tuer à l’affût pendant la nuit, ou bien on la prend en environnant cet endroit de traquenards. On peut aussi y tendre un hausse-pied.

Tout le secret pour réussir consiste à éventer le piège, ce qui se pratique ainsi: on prend un héron mâle, on l’écorche, on ôte les jambes et le bec, on hache le reste menu, qu’on met dans une bouteille bien bouchée avec un bouchon de liège: on met cette bouteille dans du nouveau fumier de cheval pendant six semaines ou deux mois; le héron à force de fermenter, se convertit en huile; on frotte le piège de cette huile, ce qui l’évente de manière que la loutre n’a aucune défiance.

Cet animal craint extrêmement le feu, à ce qu’on prétend, s’il en aperçoit sur l’étang, il fuit au loin. Sa retraite ordinaire est sur les joncs ou touffes de roseaux, s’il en trouve sur l’étang. Il se plaît dans les miternes ou petites îles, s’il y en a; sinon il se met aux environs de l’étang dans des saules creux ou autres arbres, et souvent même il s’y place sur la tige; c’est pourquoi il faut avoir soin d’examiner tous les arbres qui se rencontrent autour des étangs pour le surprendre; et quoiqu’on l’ait manqué une fois, on ne doit pas pour cela désespérer de l’y trouver.

La peau de la loutre après avoir été bien passée et préparée s’emploie en différentes espèces de fourrures. Quant à sa chair elle est dure et coriace, et c’est une mauvaise nourriture; elle a l’odeur et le goût du poisson, et on la mange comme tel. Cet animal va plus vite dans l’eau que toutes sortes de poissons, mais sur terre les chiens le joignent facilement; il a des dents très mauvaises et ce sont des défenses dont il se sert contre eux valeureusement: il a la vie et la peau fort dure; mais s’il est blessé, se jetant dans l’eau, il perd son sang et n’en échappe pas.”

(La nouvelle maison rustique, an XII)

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