CHEVAL

(5 vendémiaire)
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Attention, si vous avez l'intention d'acheter un cheval, lisez La nouvelle maison rustique (an XII):

"On ne saurait trop prendre garde soit aux allures, soit à toutes les autres parties d'un cheval, quand on l'achète, parce que les ruses des maquignons sont inconcevables.

Aussitôt que le maquignon a acheté un cheval,  il tâche le mieux qu'il peut de corriger ou de cacher ses vices ou ses imperfections.

Si le cheval est mélancolique et sans vigueur, le matin, le midi et le soir, il le frottera jusqu'à ce qu'il le rende sensible, au point d'être toujours en action au moindre mouvement du fouet: avec cela il recevra toujours quelques coups toutes les fois qu'on l'étrillera, ou qu'on le découvrira; et même pendant qu'il sera en vente, le maître ne se laissera pas de le battre et de le tourmenter, si bien qu'à sa voix seule il ne cessera point de sauter. Quand on le mêne au marché,  pendant que le garçon le monte, le maître lui donne cinq ou six coups de houssine, le garçon lui enfonce les éperons dans le ventre, et si le cheval venait à jouer un peu de la queue, ce qui serait une marque de faiblesse, le maître lui décharge sur-le-champ un grand coup de bâton sur la croupe pour qu'il ne remue plus.

Si cela ne suffit pas pour rendre le cheval très sensible à le faire aller vigoureusement, tant qu'il aura une étincelle de vie, le maquignon, avec les deux premiers doigts de la main, lui relèvera la peau le long du ventre et le percera d'outre en outre en deux ou trois endroits avec une alène, ensuite, il frottera ces piqûres avec du verre pilé finement, en mettra dedans autant qu'il pourra, et rajustera proprement le poil par dessus, ayant soin, pour guérir les piqûres en moins de douze heures, de les frotter le soir d'un liniment fait avec de la térébentine et du jaïet en poudre.(...)

S'il boite, on ôte le fer du côté qu'il boite, ou bien le maquignon lui coupe un peu de la peau du talon, pour avoir lieu de jurer que le boitement ne vient que du manque de fer ou de quelque légère atteinte au talon.

Si le cheval est sujet à la morve, il arrêtera cette maladie pendant douze bonnes heures, en lui soufflant dans les narines une grande quantité de poudre sternutatoire, et en les frottant ensuite avec deux longues plumes trempées dans du jus d'ail, ou dans de l'huile de laurier; après avoir fait nettoyer les narines à l'eau tiède, il y jettera une mixtion d'ail bien battu et de moutarde, qu'il retiendra en bouchant bien les narines avec ses mains, pour que le cheval éternue ensuite autant qu'il voudra.

Si le cheval est si vieux qu'il n'est plus bon à rien, le maquignon lui brûle le bout des dents....."

Illustration: Don Quichotte, Daumier.


Et .... trois poèmes: Jules Supervielle, Paul Eluard, Jacques Prévert.

Et .... quelques représentations de chevaux. (cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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